Terraformation

Comme à son habitude, Maître Jinghu, l’instructeur de ce module, les attendait debout sur son bureau, prêt à sauter effrontément d’une table à l’autre, comme il ne manquait pas de le faire à chaque cours.

Ce vieil instructeur était un original qui rechignait à porter la combinaison noire et dorée de l’ISA et se baladait volontiers avec un énorme chapeau à larges franges couleur framboise, qui dissimulait une partie de son visage. Ses longs cheveux blancs et lisses, noués en catogan, soulignaient son teint olive et ses yeux bridés. Il arborait fièrement aux pieds d’éternelles sandales en cuir marron, vestiges d’un autre âge.

Au cours de terraformation, les pupitres des initiés étaient disposés en arc-de-cercle autour de la cuve où se reflétait l’étude de cas du jour.

Depuis plusieurs séances, ils suivaient avec intérêt l’évolution du processus de la terraformation future de Mars, projet inscrit au programme de l’ISA d’ici 2050. Diffusé en trois dimensions au-dessus de la cuve alimentée par le générateur central, l’hologramme de la terre de feu tournoyait au-dessus de leur tête.

— Les premières missions habitées lancées par l’ISA sur Mars, dans les années 2000, ont rapporté la preuve de l’existence de traces de vie que nous avons découvertes à sa surface, scandait-t- il, les bras levés au plafond d’un air fantasque, figé en équilibre sur une table du premier rang.

Les initiés le dévoraient des yeux. Il y avait quelque chose de fascinant à écouter ce vieil instructeur qui, sous ses airs loufoques, était un membre vénéré de l’agence.

— Imaginez un peu la richesse des formes de vie que pourrait abriter Mars une fois terraformée, reprit-il avec passion avant de bondir sur la table voisine. Les premiers colons ont rapporté de leur voyage des échantillons prometteurs !

Emma relisait les notes de Tim par-dessus son épaule. Entre Edward qui ne notait rien et Louise qui ne ratait pas une interjection, c’était le seul qu’elle jugeait suffisamment digne de confiance pour compléter ses cours.

La terraformation était un processus complexe au cours duquel le climat, la surface, et les propriétés d’une planète étaient délibérément modifiés, afin de la rendre habitable par les humains et toute autre forme de vie terrestre. Du succès de l’opération reposaient les espoirs de sa colonisation.

C’était au cours de ce procédé qu’une planète brute et dépourvue d’atmosphère, telle que Mars, passait de l’état stérile à l’état fertile. En altérant son environnement pour libérer les tonnes de dioxyde de carbone contenues au sol, on générait un effet de serre et une hausse de température qui étaient bénéfiques à la reconstitution de son atmosphère.

Pour mener à bien cette opération sur Mars, première candidate à la terraformation, l’ISA proposait de déployer un miroir spatial sous forme de panneaux solaires placés en orbite des calottes polaires. En captant l’énergie solaire reflétée sur chaque pôle, on libérait le dioxyde de carbone contenu dans les calottes, ce qui augmentait la pression et la température de la planète.

Une fois réchauffée, la planète rouge voyait fondre ses glaciers. Grâce à l’effet de serre qui encourageait le développement de l’atmosphère et la transformation de l’eau à l’état liquide, les premiers éléments étaient réunis pour altérer peu à peu son environnement et préparer l’ensemencement du sol.

— Monsieur, intervint Giulia, une fois que nous aurons terraformé Mars, pourrons-nous considérer l’humanité comme une civilisation de type 2 à l’échelle du cosmos ?

Maître Jinghu haussa les sourcils.

— Impossible… à l’heure actuelle, notre espèce peut à peine se targuer d’être une civilisation de type 1, c’est-à-dire une espèce capable d’exploiter toutes les ressources de sa planète et de partir explorer son Système. Pour devenir une civilisation de type 2 et explorer les Systèmes voisins, il faudrait déjà que nous colonisions et exploitions les ressources de toutes les planètes du Système solaire, ce qui me paraît irréalisable avant un ou plusieurs millénaires.

— Et pour devenir une civilisation de type 3 ? demanda Rémi Pasquier avec avidité.

L’instructeur se figea.

— Théoriquement, une civilisation de type 3 serait capable d’exploiter les ressources de toute une galaxie et des milliards de Systèmes planétaires qui la composent ! Mais au risque de vous décevoir, les chances qu’une telle civilisation puisse un jour atteindre ce stade de développement sont tout à fait improbables…

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