Exploration d’exoplanètes

Le cours d’exploration d’exoplanètes était dirigé par le Professeur Thorburn. Ce grand colosse aux favoris roux et à la dégaine de cow-boy enseignait aux initiés toutes les méthodes pratiquées par l’ISA pour détecter les mondes dissimulés aux quatre coins du cosmos. Une fois leur identification confirmée, ces mystérieux microcosmes s’ajoutaient à la liste des candidats à l’exploration spatiale.

Pour qu’une planète soit dite « colonisable », il fallait qu’elle réunisse les mêmes propriétés que la Terre. Des traces de ruissellement visibles à sa surface pour savoir si elle contenait de l’eau, du gaz ou des roches, à l’analyse de sa bio-signature, chaque composant était minutieusement passé au peigne fin.

La méthode qui faisait l’unanimité consistait à capturer puis décomposer la structure de la lumière de l’étoile autour de laquelle orbitait l’exoplanète observée, puis à étudier les variations de son rayonnement. Lorsque la lumière déclinait légèrement, alors les satellites photographiaient la planète qui passait devant son étoile, puis analysaient sa composition pour décortiquer son atmosphère, sa masse et tenter de déterminer la présence ou non d’acides aminés qui étaient les premiers composants du vivant.

Ces observations permettaient notamment d’évaluer sa période orbitale et sa distance à l’étoile, pour déterminer si elle résidait dans la zone habitable de son système.

On qualifiait de zone habitable la région autour de l’étoile qui diffusait suffisamment d’énergie pour avoir une chance d’accompagner le développement de la vie, sans trop s’en approcher non plus au risque de réduire l’écosystème en cendres. C’était également dans cette zone que l’on avait le plus de chance de découvrir de l’eau à l’état liquide.

Dans le cas contraire, les planètes trop éloignées de leur étoile sortaient de la zone habitable à partir du moment où le rayonnement de l’astre n’étant plus suffisant pour en réchauffer la surface, elles devenaient alors des mondes froids et désolés.

Mais si ces explications tenaient les initiés en haleine, c’était surtout l’heure des travaux pratiques qu’ils attendaient avec impatience !

A cette occasion, le Professeur Thorburn les autorisait à donner libre cours à leur imagination, pourvu que les mondes qu’ils inventent respectent les lois universelles de la physique. Dans ces conditions, il ne s’agissait plus de plancher sur des mondes habitables, mais au contraire de jouer avec les filtres du simulateur pour donner vie aux systèmes planétaires les plus insolites de l’univers.

Ce jour-là, Emma contemplait la cuvette en verre posée devant elle qui émettait un rayonnement étrange. Les sourcils froncés, une mèche bleue entortillée entre le pouce et l’index, elle suivait avec une attention toute particulière l’évolution du monde qu’elle avait imaginé.

Diffusé en trois dimensions, l’hologramme tournoyait lentement sur lui-même, reflétant la lumière mauve de la végétation violette qui l’envahissait. Dans les paramètres du simulateur, la jeune fille avait opté pour la création d’un système à deux étoiles, à l’intérieur duquel rayonnait une planète tellurique située dans la zone habitable de l’un des astres. Orbitant autour d’une « naine rouge », le microcosme imaginé par Emma regorgeait de plantes couleur prune en raison de l’émission particulière de la lumière diffusée par l’étoile en fin de vie.

— Intéressant ! déclara le Professeur Thorburn en jetant un coup d’œil approbateur à son travail. Voyons, qu’est-ce que vous avez là Monsieur Harper? Nom d’une fusée à vapeur… c’est révolutionnaire !

Admiratif, l’instructeur s’arrêta net devant la cuve transparente d’Edward en lâchant un long sifflement perplexe.

— Expliquez-nous un peu les propriétés de votre monde, si vous le voulez bien.

L’air grave, le jeune homme écarta les mains pour zoomer sur la planète qu’il administrait et révéla un monde stupéfiant. Il avait créé une planète océanique qui orbitait à l’orée de son étoile, loin de la zone habitable où l’eau avait encore une chance de subsister à l’état liquide. Emma se frotta les yeux et s’approcha de la cuvette.

D’après sa faible distance à l’étoile, la planète aurait dû abriter un monde de lave présentant une surface recouverte de roches en fusion. Au lieu de cela, ils observaient une géante de glace, recouverte de flammes, qui se déplaçait avec confiance autour de son étoile. Comment était-ce possible ?

— C’est assez simple, commença Edward d’un air maussade. J’ai choisi de créer un monde océanique recouvert d’eau. Puis je lui ai administré une gravité si forte que le liquide est contraint de rester à l’état solide, peu importe la température qui règne à sa surface. Ensuite, j’ai décidé de faire orbiter la planète tout près de son étoile, afin d’élever la température à plus de quatre-cents trente-neuf degrés Celsius. La glace ne peut pas fondre ni s’évaporer, à cause de la gravité écrasante qui la retient captive, mais sa surface s’enflamme en raison de la température infernale qui domine.

— Brillant… souffla Tim en fixant la cuvette d’un air impressionné.

La planète de ce dernier avait quant à elle perdu toute son atmosphère. Tim s’évertuait sans succès à changer les propriétés du système, l’une après l’autre, pour ramener la trajectoire déviante du corps qu’il avait créé dans la zone habitable de son étoile. C’était peine perdue. Celui-ci s’éloignait lentement mais sûrement du système, pour rejoindre les confins sombres et reculés du cosmos.

De l’autre côté de la classe, Maple et James assistaient avec intérêt à l’absorption totale de la masse de leur planète par son étoile, qui l’engloutissait lentement. Le monde qu’ils avaient créé était si proche de l’astre, qu’il avait perdu sa forme sphérique au profit d’une étrange forme elliptique qui se distendait de plus en plus, au fur et à mesure qu’il se faisait dévorer par l’étoile gourmande.

— Bon sang de bolide ! s’exclama le Professeur Thorburn en déboulant à leurs côtés. Vous vous moquez de moi ou quoi ? Ce n’est pas avec ce travail que vous allez obtenir une note satisfaisante tous les deux !

Les deux garçons étouffèrent de grands éclats de rire en regardant leur planète exploser, sous l’effet de marée provoqué par les volutes de chaleur que dégageait l’étoile. Déchaînées, les déflagrations de lave bouillonnante s’éparpillaient joyeusement dans l’espace comme un feu d’artifice.

Vous avez aimé cet extrait ? Découvrez l’histoire d’Emma sur la Lune

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