Chapitre 3 : L’invitation

Emma peinait à conserver son équilibre sur les poutres en bois qui soutenaient l’échafaudage longeant l’édifice, sur lequel l’individu s’était engagé. Son étrange acolyte lui avait déjà faussé compagnie, atteignant la rue d’une seule enjambée. La fenêtre était pourtant flanquée au premier étage, elle n’avait pas l’intention de glisser et de se rompre le cou.

Concentrée, elle descendait avec précaution, se cramponnant fermement aux poteaux qui se dressaient à sa disposition, niveau par niveau.

-Presse-toi donc ! aboya la grande femme.

Elle la dévisageait d’un air sévère, son ombre immense projetée dans la ruelle.

Un chignon ramassait ses maigres cheveux bruns sur le sommet de son crâne. Le col de sa combinaison, qui remontait jusqu’au menton, masquait un cou rachitique qui se dévissait pour mieux l’observer. Tout de noir vêtue, la bouche pincée, elle n’avait pas l’air engageante. Ses yeux gris clair soutenaient sans sourciller le regard indécis d’Emma. Cette dernière, dans un ultime effort pour quitter la charpente, parvint à rejoindre sa compagne sur les pavés.

Sans un mot, l’énigmatique personnage ouvrit la portière d’une berline noire et la poussa sans ménagement sur la banquette. Le souffle court, celle-ci atterrit sur le siège arrière de la voiture, d’un air ahuri. Cinq minutes plus tôt elle était encore dans le bureau de Christine, occupée à valider son dossier. La situation n’avait aucun sens. Elle ouvrit la bouche d’un air furieux pour protester bruyamment et réclamer des explications, mais n’eut pas le temps d’émettre le moindre son. Le chauffeur avait démarré en trombe, les pneus crissant sur la chaussée.

La jeune fille fut projetée en arrière. Sa tête heurta violemment le dossier tandis que la chaîne de son médaillon s’enfonçait douloureusement dans son cou.

-Attache ta ceinture, lui ordonna sa voisine.

L’engin avalait le bitume gris du quartier à toute allure. La ville défilait sous les yeux médusés d’Emma. Se contorsionnant, elle se tourna vers son interlocutrice et s’exclama :

-Mais qu’est-ce que ça signifie ? Qui êtes-vous à la fin ?

Immobile, son dos droit formant un angle parfait avec la banquette, l’intéressée se tourna vers elle et déclara avec raideur :

-Tu peux m’appeler Madame Leclerc, je suis la correspondante française de l’ISA.

Interloquée, Emma la toisa avec encore plus de surprise. Loin d’avoir rassasié sa curiosité, sa réponse soulevait encore plus de questions.

-Cela vous embêterait de m’en dire un peu plus ? demanda-t-elle, non sans une pointe d’ironie.

-Si tu avais lu tes mails tu ne serais pas prise au dépourvu, repartit calmement Madame Leclerc. Même si, bien sûr, nous ne pouvons pas tout expliquer par message, cela reste confidentiel.

Elle jeta un coup d’œil suspicieux aux voitures qui se pressaient dans le tournant derrière la berline, comme pour vérifier que personne ne les suivait.

-Je ne pouvais rien te dire dans la salle de classe, c’est beaucoup trop risqué. Les murs de cette université sont en papier mâché, lâcha-t-elle d’un air dédaigneux.

Emma songea avec affolement que personne n’aurait l’idée de venir la chercher dans la salle treize au bout du couloir, avant un certain temps. Est-ce que quelqu’un finirait par s’inquiéter de son absence prolongée ? Elle se prit secrètement à espérer que ce fut le cas, tant le comportement insolite de cette femme impossible était surprenant.

Pourquoi est-ce que le directeur de l’université avait pris la peine d’informer Christine qu’elle était attendue dans un autre bureau ? Le cœur serré, elle songea que rien ne lui garantissait que Madame Leclerc était bien la personne qu’elle était censée rencontrer. Emma commençait à regretter d’avoir agi sous le coup de l’impulsion. Qu’est-ce qui lui avait pris… Elle n’aurait jamais dû suivre cette inconnue avant d’avoir plus d’informations. Si seulement cette horrible bonne femme lui avait laissé une seconde de plus pour réfléchir !

-Je comprends tes inquiétudes, continua l’échassier comme si elle lisait dans ses pensées. Je vais t’expliquer dans un instant.

Avare de mots, sa compagne gardait les mains résolument croisées sur ses genoux, dignement tournée vers l’avant du véhicule. Pendant quelques minutes, un silence oppressant s’installa entre elles, les enveloppant comme une cape, puis :

-Quels sont tes centres d’intérêts ? lui demanda subitement Madame Leclerc en se penchant vers elle.

-Je… je vous demande pardon ? bégaya Emma de plus en plus abasourdie.

C’était à n’y rien comprendre.
Elle était de plus en plus inquiète quant à la santé mentale de sa partenaire. Elle jeta un regard discret vers la portière, se demandant s’il serait risqué de l’ouvrir en plein vol. La voiture pétaradait toujours allègrement, provoquant l’effroi des pigeons qui arpentaient la chaussée à l’entrée des quais. Les vitres teintées laissaient entrevoir d’imposants monuments parisiens, qui rapetissaient jusqu’à s’évanouir complètement sous l’effet de la vitesse.

Le pouls battant la chamade, Emma sentait des sueurs froides la parcourir insidieusement.

-Alors ? répéta calmement Madame Leclerc, qu’est-ce qui t’animes ? Quelles sont tes passions ? On ne t’a pas choisie par hasard.

-Choisie ? l’interrogea Emma, qu’est-ce que vous entendez par là ?

La tête bourdonnante, elle porta la main à son front brûlant. Quelques heures plus tôt, elle aurait donné n’importe quoi pour qu’un imprévu vienne perturber son inscription. A présent qu’il s’était présenté, elle ne savait plus quoi en penser. Les prémices d’un mal de crâne carabiné la lançaient terriblement. Emma ne comprenait pas ce qu’elle faisait dans cette automobile, aux côtés d’une grande femme revêche qui n’était pas prête de la laisser décamper.

Impassible, Madame Leclerc dépliait méthodiquement ses doigts un à un contre la paume de sa main, avant d’en faire sèchement craquer les jointures. Rien ne semblait pouvoir l’ébranler. Manifestement, à ses yeux, la situation n’avait rien de surprenant.

-Je suis la représentante de l’Académie du Disque d’argent, annonça-t-elle enfin. Je suis chargée de recruter les initiés au nom de l’ISA. Ton profil a été retenu.

-Mon profil ? De quoi est-ce que vous parlez ? répondit lentement Emma, les yeux écarquillés.

Elle marqua une pause, l’air incrédule, avant de reprendre furieusement :

-Sur quelles bases m’avez-vous sélectionnée et à quelles fins ?

Les rayons du soleil se réfléchissaient à travers la vitre fumée sur le chignon impeccable de Madame Leclerc, qui demeurait coite, immobile.

-Et d’ailleurs, qu’est-ce que c’est que cette Académie ? poursuivit Emma qui ne semblait plus disposée à lui laisser une chance de s’expliquer. Je ne comprends pas un mot de ce que vous racontez !

Muette, sa voisine ouvrit et referma la bouche plusieurs fois comme un pantin déréglé. Puis, comme si elle se déridait enfin, elle lui jeta un bref regard avant de lancer :

-Bien, je comprends que tu sois déconcertée. Disons simplement que je fais partie d’une organisation inter-gouvernementale secrète. Notre existence est inconnue du grand public. Nous avons pour but la recherche au service du progrès de l’humanité. Chaque année, nous sélectionnons de nouveaux membres pour rejoindre les bancs de l’Académie. On vous appelle les initiés. Un cycle d’étude au sein de l’Académie du Disque d’argent dure trois ans. La direction est supervisée par l’ISA, en anglais « International Spatial agency », en d’autres termes l’agence spatiale internationale.

Bouche bée, Emma n’était pas sûre de comprendre où elle voulait en venir. Mais elle n’avait pas perdu un traître mot de l’explication.

-Vous… vous travaillez donc pour la NASA ? Ou bien pour l’ESA ? s’informa-t-elle précipitamment, en évoquant le nom des agences spatiales américaines et européennes qu’elle connaissait.

Madame Leclerc renifla gravement avec dédain.

-Bien sûr que non, répliqua-t-elle froidement. Les agences nationales que tu viens de citer agissent localement. L’ISA est née d’un accord international qui a recueilli la signature de cent quatre-vingt-treize états. Nous ne dépendons ni de la NASA, ni de l’ESA, ni d’aucune autre espèce d’agence qu’elle soit japonaise, russe ou chinoise. Notre but est de servir le véritable intérêt de l’Homme et de réunir les meilleurs talents et ressources en un seul et même lieu d’excellence : l’Académie du Disque d’argent. Contrairement aux autres agences, l’ISA n’agit pas au service de nations fragmentées, dont chaque découverte est davantage motivée par le profit et la compétition que le progrès. Elle intervient globalement et soutient l’évolution de l’Homme en tant qu’espèce, ses motivations individuelles ou culturelles lui étant étrangères.

Emma resta silencieuse un long moment. Cela faisait une formidable quantité d’informations à digérer et elle n’était pas certaine d’en avoir saisi l’intégralité.

-En admettant que tout ceci soit vrai… reprit-elle doucement, pourquoi conserver l’anonymat ? Si vos desseins sont tels que vous les décrivez, pourquoi ne pas partager publiquement vos découvertes avec la société ?

-Oh Emma, répondit Madame Leclerc en esquissant l’ombre d’un affreux sourire, qui découvrit une rangée de dents inquiétantes. La plupart des gens ne veulent pas savoir ce qui se trame réellement. Tout le monde est content lorsqu’il s’agit de planter un drapeau sur la Lune ou bien d’effectuer des pirouettes sponsorisées par une marque de boissons énergisantes. La foule se divertit et prend ça comme l’occasion amusante de faire preuve d’un peu de patriotisme. Mais personne n’a positivement envie d’entendre parler des effets néfastes d’une supernova et encore moins de la probable existence d’autres formes de vie dans l’univers…

Elle se tut quelques instants, comme pour mieux ménager son effet.

-Tu remarqueras aisément la structure que revendique l’industrie de l’aérospatial, telle que nous la connaissons aujourd’hui. Ponctuée de rares découvertes, cloisonnée par des moyens et des ressources fragmentés, eux-mêmes suivis de lentes actions. Cette mascarade ne sert qu’à ralentir l’exploration, ce qui apaise les inquiétudes de la société sur le monde qui l’entoure.

-Diviser pour mieux régner, murmura la jeune fille les yeux perdus dans le vague.

-L’ISA a été fondée et ratifiée par toutes les nations, continua Madame Leclerc. Seuls les chefs d’état et la haute direction des différentes agences spatiales sont mis au parfum. Chaque membre s’engage à garder le secret et à l’emporter dans la tombe. Il est formellement interdit d’en instruire qui que ce soit, ni de publier le moindre pamphlet à ce sujet. D’ailleurs, tu ne trouveras aucune information sur l’ISA en ligne. L’organisation est absolument inconnue du net.

-Vous voulez dire qu’elle contrôle les autres agences ? s’exclama Emma, qui tombait des nues.

Incrédule, elle hochait la tête de gauche à droite puis inversement. Elle avait entièrement perdu la tête. Son mal de crâne avait eu raison d’elle. Dans un instant, elle se réveillerait à la maison, lovée au creux du lit, ses cheveux épars emmêlés dans l’édredon.

Puis elle se renfrogna.

Décidément, il était bien commode de mentionner l’existence d’une agence secrète qui ne pouvait même pas prouver son existence. C’était sans doute la meilleure excuse qu’une organisation criminelle pouvait trouver pour détourner son attention. Tandis qu’elle écoutait naïvement Madame Leclerc, elle se faisait probablement enlever par des brigands qui revendraient ses organes au marché noir. Elle jeta un regard méfiant aux alentours du quartier qu’elles traversaient. La berline avait ralenti son débit infernal.

Elles étaient de retour dans le centre.

Surprise, Emma soupira en silence. Si cette perche glaciale était démente, assurément, elle ne semblait lui vouloir aucun mal.

-Écoutez, dit-elle d’un ton catégorique, cela a l’air très intéressant mais pour y croire j’aurai besoin d’autre chose que des mots.

Joignant le geste à la parole, Madame Leclerc ouvrit la fermeture éclair d’un rangement intégré au siège avant et en sortit un énigmatique dossier qu’elle lui tendit. Emma s’en saisit délicatement et l’ouvrit avec appréhension .

Un document signé de la main du président de la République figurait en première page. Sa photo apparaissait en grand dans l’encadrement d’un certificat à la bordure bleue, blanc, rouge, coiffée des couleurs du drapeau national. Les mots suivants énonçaient avec clarté :

Emma Lorgeais,
Initié(e) premier niveau
Département biologie

Suspicieuse, Emma retourna le certificat qu’elle détailla sous toutes les coutures.

Le papier était épais, de bonne qualité. Le contour légèrement brillant, il ressemblait sans équivoque aux diplômes délivrés par l’état français. Dans quel intérêt Madame Leclerc se serait-elle amusée à falsifier un document pareil ? Le coût d’une telle entreprise était exorbitant. Plissant les yeux, elle passa le doigt sur la signature apposée.

L’encre paraissait encore fraîche.

La pochette coincée entre le pouce et l’index, elle fit défiler les feuillets qui suivaient en se mordant les lèvres. Même si les documents fournis s’avéraient authentiques, cela n’expliquait toujours pas le rôle qu’elle tenait dans tout ça.

-Ton dossier a été émargé ce matin, rebondit le grand échalas. Au vu de tes compétences et de ton parcours, l’ISA t’a affectée au département de biologie. Sache que l’Académie du Disque d’argent est répartie en quatre branches : il y a la branche de biologie, la branche d’astronomie, la branche de…

-Mon dossier ? l’interrompit Emma d’une voix sourde en marquant une pause dans l’examen du certificat.

Elle leva la tête, complètement insensible à l’air outré que prenait son interlocutrice, coupée en plein élan.

-Comme j’essaye de te l’expliquer, reprit Madame Leclerc les lèvres pincées, tu fais partie des initiés retenus pour rejoindre l’Académie à la rentrée. Chaque pays a son processus de sélection. En bénéficiant du soutien et des moyens du gouvernement, l’ISA dispose d’un accès illimité aux données de tous les étudiants et peut infiltrer l’intranet de n’importe quelle école. Évidemment, nous accordons une attention particulière aux meilleurs éléments, mais cela est loin d’être suffisant. Nous enquêtons avant tout sur les dispositions individuelles de chacun. Il ne suffit pas d’être un brillant scientifique pour réussir à l’Académie. Non. Il faut disposer d’un état d’esprit distinct, une analyse critique dotée d’une réelle curiosité pour le monde qui nous entoure; l’envie et les capacités d’avancer et de faire bouger les choses. Les profils qui se complaisent trop aisément dans le système classique ne sont pas les candidats qu’il nous faut. Nous affectionnons les sceptiques, ceux qui s’interrogent et remettent en question ce que tous les autres prennent pour acquis.

-Et vous avez su voir toutes ces choses en moi ? demanda Emma, la bouche sèche.

-Tu fais partie d’un bassin de jeunes que nous suivons de près depuis plusieurs années. La batterie de tests que tes camarades et toi avez passés à chaque nouvelle inscription, tout au long de votre scolarité, n’est pas anodine. Pourquoi crois-tu que les entreprises et les universités aient besoin d’établir le profil psychologique de leurs futures recrues ? Que les concours et les examens de logique soient aussi poussés ? Ce sont des réglementations imposées par l’état, qui se sert de ces données pour identifier d’éventuels potentiels. Bien entendu, l’ISA n’est pas la seule organisation à en bénéficier, mais cela n’en constitue pas moins une aide précieuse dans nos pré-sélections. Ensuite, nous avons des moyens plus poussés d’enquêter sur chacun d’entre vous, afin d’établir si votre profil correspond vraiment à nos besoins. Nous consultons également toutes les données médicales enregistrées depuis votre naissance, pour s’assurer que vos aptitudes physiques se maintiendront à la hauteur de nos exigences. On ne vous apprend pas à rester assis dans un laboratoire. Un parcours aussi sportif qu’intellectuel attend tous ceux qui intègrent les bancs de l’Académie du Disque d’argent.

Blême, Emma la contemplait en silence.

D’aussi loin qu’elle se souvienne, elle avait toujours pressenti que des événements insolites se passaient autour d’elle, sans vraiment pouvoir se les expliquer. Le sentiment étrange d’être observée dans la rue par une présence indésirable, ces examens supplémentaires auxquels elle était parfois convoquée sans ses camarades, qui n’apparaissaient pas sur son relevé de notes et dont personne ne semblait avoir entendu parler, à part elle. L’infirmière scolaire, qui après les traditionnelles mesures de sa taille et de son poids, lui faisait passer un scanner complet du corps suivi de tests psychométriques… Emma ne s’en était jamais formalisé, mais à présent qu’elle y pensait, force était de constater que c’était bizarre.

-Penses-tu vraiment qu’il s’agit d’un hasard, si le directeur t’a convoquée en salle treize au moment exact où je m’y trouvais ? Evidemment, il ne connait pas la présence de l’ISA, mais quand un haut dignitaire lui confie le soin de convoquer une de ses élèves, il ne pose pas de questions, se rengorgea-t-elle.

Le profil sévère de son interlocutrice se découpait nettement dans le demi-jour, sa figure maigre et aiguisée, son long nez sec et abrupt tourné vers elle. Emma restait silencieuse. Tout cela était merveilleux, mais personne ne semblait s’être donné la peine de lui demander son avis avant de l’embarquer dans toute cette histoire.

-Et si je ne veux pas ? lança-t-elle d’un air de défi, si je refuse de faire partie de vos précieux poulains et d’étudier chez vous ?

Prise de court, les traits affaissés, Madame Leclerc marqua un temps d’arrêt ponctué d’un long silence incrédule, avant d’éclater d’un grand rire sonore. Manifestement, pour une raison qui échappait à Emma, sa réaction était des plus cocasses.

-C’est ce que tu as toujours voulu ! ânonna-t-elle pliée en deux les mains plaquées sur son ventre, sa mâchoire inférieure agitée de terribles soubresauts. Nous t’avons observée. Tu n’as aucune envie de poursuivre tes études à l’université. Tu t’y ennuies atrocement. Les conventions de la société ne sont pas adaptées à toi et tu le sais depuis ton plus jeune âge. Tu es faite pour réaliser des travaux d’envergure dans un environnement stimulant, dynamique et aventureux, tourné vers la science de demain. Au Disque d’argent, tu seras formée à la conquête spatiale et à la terraformation d’exoplanètes ! Ton cursus de biologie te permettra d’étudier les écosystèmes les plus inédits. Tu apprendras à faire pousser des plantes dans l’espace, à transformer ton environnement, à étudier l’évolution du corps humain une fois sorti de son enveloppe terrestre. Tu plancheras sans relâche sur les origines de la vie et de l’univers, observant les étoiles et les comètes dans le ciel !

Son estomac fit un bond, comme si une chape de plomb s’y était enfoncée.

Au fond, c’était ce dont elle avait toujours rêvé. C’était comme si quelqu’un était venu la tirer de la torpeur dans laquelle elle s’était enlisée et qu’elle réalisait subitement qu’aujourd’hui était le premier jour du reste de sa vie. Comme si tout le reste n’était que le fruit d’une lente préparation, chargée de la guider étape par étape jusqu’à ce moment précis.

-D’ailleurs, ajouta Madame Leclerc en se penchant mystérieusement, ton cas est un peu… disons… particulier.

-Comment ça ?

-Et bien, je ne peux pas t’en dire plus pour l’instant mais pour faire simple, des circonstances particulières nous ont amenées à t’observer depuis ton plus jeune âge… tu comprendras plus tard. Il serait tout à fait regrettable que tu tournes le dos à l’Académie, affirma-t-elle d’un air convaincu.

Emma écarquilla les yeux.

Le chauffeur avait ouvert la fenêtre, laissant pénétrer l’air moite de cette belle journée d’été. Un lambin ébouriffé trottinait avec le plus grand sérieux derrière un ballon jaune, qu’il frappa de toutes ses forces. Ce dernier effectua un vol plané, rebondissant au milieu d’un groupe de touristes apeurés avant de déloger une horde de moineaux indignés.

-Très bien… finit-elle par souffler, légèrement sonnée, quand est-ce que les cours commencent ?

-Dans quelques jours, répondit Madame Leclerc du tac au tac. La rentrée débute au mois de septembre, comme dans la plupart des écoles. Les initiés viennent de tous les coins du monde. Comme tu peux t’en douter, les leçons sont donc assurées en anglais.

-Je vois… le préavis est plutôt court. Qu’est-ce que je dois préparer ? Et d’ailleurs où sont les locaux ? s’enquit-elle en fronçant les sourcils, une multitude de questions suspendues à ses lèvres.

-J’y viens. Il y a un certain nombre de choses que tu dois savoir avant de nous rejoindre, claqua Madame Leclerc d’un ton sans appel. La première, c’est que la localisation de l’Académie est secrète. Nous te donnerons un point de rendez-vous dans la ville et tu te rendras au Disque d’argent en utilisant nos propres moyens de transport. La deuxième, c’est que tu ne peux parler à quiconque de notre entrevue. Cela va de soi, mais tu garderas pour toi l’endroit où tu te trouveras et les véritables activités que tu exerceras à l’Académie. Pour ce faire, nous avons concocté une couverture dont tu te serviras pour justifier ton absence prolongée auprès de ta famille. Tu dois minutieusement t’en imprégner avant d’annoncer ton départ à tes proches. Il est impératif qu’ils te croient et n’émettent pas le moindre doute. Nos agents ont suffisamment de travail, sans avoir besoin de s’occuper de surcroît de parents en détresse. Enfin, le Disque d’argent n’est pas une école comme les autres. Une fois diplômée, tu ne rentreras pas chez toi commencer un nouveau travail et contracter un prêt pour ton premier investissement immobilier. Non, une fois diplômée tu partiras en mission pour l’ISA. Autant te dire que cet emploi du temps laisse peu de place aux samedis entre amis et aux dimanches en famille. Il vaut mieux que ce soit clair dès à présent.

Soudain, la voiture se cabra dans un soubresaut avant de freiner brutalement.

Un peu déboussolée par les événements, Emma leva la tête. Le véhicule, qui circulait à présent rive droite, avait remonté toute la rue du Faubourg Saint-Honoré, avant de faire halte devant un somptueux bâtiment de pierre de taille.

-Mon intervention s’arrête ici, la prévint sa compagne. Tu vas rencontrer la cellule française de l’ISA et recevoir les instructions pour ta couverture.

Tout à coup, aussi inopinément qu’elle s’était présentée, Madame Leclerc ouvrit la portière et éjecta Emma de la berline, non sans lui avoir fourré son dossier entre les bras au préalable.

Complètement abasourdie, cette dernière regarda la voiture noire s’éloigner dans un crissement de pneus, avant de faire face à l’édifice qui la toisait. Ses cheveux argentés, balayés par le vent, elle repoussa les mèches folles venues assombrir son regard.

Puis, les jambes flageolantes, elle s’avança vers le palais de l’Élysée comme dans un rêve.

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